Friday 15 November 2019
Opinion

La société togolaise à l’épreuve du multipartisme sans démocratie

 

Au Togo, la grande famille de l’opposition a connu ces dernières années une évolution marquée par la venue sur la scène politique d’une panoplie de formations.

Au-delà du fait qu’on dénombre légalement plus de cent dix (110) partis politiques, on peut rapidement citer parmi les plus actifs, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) de Jean-Pierre Fabre, le Parti des Togolais de Nathaniel Olympio, le Nouvel Engagement Togolais (NET) de Gerry Taama qui se réclame mordicus de l’opposition, OBUTS devenu MPDD de Gabriel Messan Agbeyomé Kodjo, Le Togo Autrement de Fulbert Sassou Attisso , Les Démocrates de Habia Nicodème, les FDR de Me Dodji Paul APEVON, Santé du Peuple de Dr Kuessan, le FPD de Djimon ORE, le MCD de Me Tchassona Traoré, le MRC de Abass Kaboua, le Parti national panafricain (PNP) de Salifou Tikpi Atchadam, le Nid de Dosseh Anyron, etc.

Les partis historiques de l’opposition à savoir la CDPA, l’ADDI, le CAR et l’UFC tiennent tant bien que mal leur position de locomotive.

Au nombre des regroupements conjoncturels et circonstanciels des partis de l’opposition on peut noter au passage (exception faite des blocs constitués dans les années 90 notamment le FOD, le GSP, le COD I, le COD II, l’union UFC-PDR-CAR etc.) le Frac, la coalition Arc-en-ciel, le CAP 2015, le Groupe des six, la C14 qui a conduit dans l’impasse le mouvement de contestation populaire consécutif au « séisme politique » du 19 août 2017, la coalition rénovée…

Comment un tel émiettement des voix de l’opposition peut-il lui permettre d’accéder au pouvoir ?

L’obligation de rassemblement

A la lumière des résultats des dernières élections municipales, les deux forces de l’opposition qui ont émergé un tout petit peu sont l’ANC et la C14. Le PNP ayant boycotté le scrutin, on ne saurait jauger véritablement son poids électoral. Néanmoins au regard de sa capacité de mobilisation, il va sans dire qu’il représente une force politique avec laquelle les autres doivent désormais compter.

Il faut signaler d’ores et déjà que tous les autres partis de l’opposition qui ont participé aux élections en marge des regroupements se sont fracassés la figure.

L’opposition, après avoir eu le vent en poupe, se trouve dans une impasse qui arrange le parti au pouvoir. Faure Gnassingbé et ses amis tirent tranquillement les ficelles en opposant leurs adversaires les uns contre les autres. Selon certains observateurs avisés de la politique togolaise, la solution partielle à cette situation de multipartisme sans démocratie que nous dénonçons à travers cette tribune serait l’union de l’opposition comme l’avait préconisée  la CDPA en 1992 à travers l’appel de Tchékpo «Démocratie d’abord, multipartisme ensuite ».

Dans certains cercles de réflexion, cette idée serait toujours d’actualité.

En revanche, certains courants des forces démocratiques notamment l’ANC qui a repris l’opinion de l’UFC première version estiment que l’union de l’opposition ne serait pas la bonne stratégie pour venir à bout de la crise togolaise. Autrement dit le Togo serait déjà en voie de démocratisation à travers le multipartisme intégral. Il suffisait seulement que les élections soient claires.

Or dans les faits, les partis de l’opposition les plus populaires, de l’UFC à l’ANC en passant par le CAR (qui a voulu écraser l’UTD en 1994 au lieu de la phagocyter) n’ont pas réussi en faisant cavalier seul à résoudre la problématique de la conservation du pouvoir ad vitam aeternam posée par le régime en place.

Pire, le pouvoir vire vers une monarchie de fait dans une république de droit. Les chances de l’alternance au pouvoir s’éloignent chaque jour d’avantage.

Les turpitudes de l’opposition

Probablement manipulé, l’ancien coordinateur du MCA (Alternance ou la mort nous vaincrons) Fulbert Sassou Attisso a révélé aux Togolais en début d’année l’histoire d’une mallette d’argent remise à ses collègues de l’opposition par le truchement du président Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire. Cette histoire d’argent a sérieusement terni l’image de l’opposition.

Comment les populations qui ne savent plus à quel saint se vouer peuvent- elles se retrouver dans une opposition morcelée, désorganisée, à la limite irresponsable et corrompue ?

Dans ce cafouillage, Faure Gnassingbé adossé au système a un boulevard devant lui avec la révision constitutionnelle opérée par sa majorité écrasante au parlement.

En conséquence, un certain nombre d’acteurs qui ont plutôt pollué les rangs de l’opposition et contribué à son éclatement devraient normalement tirer les conclusions qui s’imposent.

Tous les micros partis qui ne représentent que l’ombre de leur président national doivent vider le plancher.

L’ANC, la C14 et le PNP ont l’impérieux devoir de reprendre les discussions politiques afin de constituer un contrepoids à UNIR. C’est le premier pas pour sortir du contexte de multipartisme sans démocratie, une situation singulière dans la sous-région où tous les pays connaissent l’alternance et la limitation à deux du mandat présidentiel.

Le Togo a besoin des appareils politiques de l’opposition capables de discuter valablement secteur par secteur la politique du gouvernement en vue de meilleures propositions. Malheureusement on assiste à une pratique de promotion personnelle des soi-disant leaders qui ne cherchent que leur intérêt personnel. Voilà la triste réalité togolaise.

Le choc des égos doit céder la place au choc des idées. Les problèmes de personne et les querelles inutiles ne font que retarder l’évolution politique, économique, sociale et culturelle du Togo.

Le déficit d’argument

La longévité d’une famille au pouvoir depuis 50 ans ne suffit plus aujourd’hui à justifier un positionnement au sein de l’opposition. Les acteurs de l’opposition gagneraient en crédibilité en changement de discours. Les Togolais veulent du concret.

Sur le plan diplomatique l’opposition a du pain sur la planche. La communauté internationale n’a pas la baguette magique pour opérer le changement dans notre pays. Il faudra donc convaincre.

La responsabilité du parti au pouvoir

Le parti au pouvoir doit pouvoir se convaincre que l’exercice du pouvoir politique est temporel. Lorsqu’un parti dominant utilise les moyens de l’Etat pour conserver le pouvoir perpétuellement, on ne peut plus parler de démocratie. La rotation des partis au pouvoir permet la concurrence et la compétition dans le sens de mieux faire que son adversaire prédécesseur.

Sans nul doute, c’est un facteur de motivation.

Vouloir en faire un pouvoir éternel (ce qui ne s’est jamais produit dans l’histoire de l’humanité) risque d’entrainer des conséquences dommageables, douloureuses pour le peuple togolais.

Ce climat de multipartisme sans démocratie entretenu à dessein doit prendre fin sur la terre de nos aïeux afin que le Togo redevienne un Etat normal dans la sous-région ouest africaine.

Ambroise Kokutsé

Boss Shalino

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